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Critique du modèle économique grenoblois

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Résumé réalisé du rapport POPSU2 http://www.popsu.archi.fr/popsu2/grenoble/presentation-0

Comme nous, vous entendez certainement souvent les élites du territoire vanter le modèle "grenoblois" basé sur le triptyque "recherche-université-induustrie"... Dans le rapport POSPU2, Magali Talandier propose un diagnostic critique de modèle économique grenoblois. Le choix du périmètre d'étude porte sur la communauté d'agglomération et l'aire urbaine. Magali Talandier commence par examiner ce qu'elle appelle « les indicateurs fondamentaux du développement territorial », c'est à dire les statistiques concernant le peuplement, les emplois et les revenus. Elle fait ainsi ressortir un accroissement démographique mais un solde migratoire négatif dans l'agglomération et l'aire urbaine. L'auteur entreprend ensuite une analyse des bases économiques du système économique grenoblois. Cette perspective de recherche définie quatre types de revenus : la base productive privée, la base résidentielle, la base publique et la base sanitaire et sociale.

Magali Talandier postule que les leviers d'action porte aujourd'hui essentiellement sur la base productive résidentielle ou productive car la progression de la base publique n'est pas vraiment d'actualité (austérité). De son point de vue, « un développement économique équilibré doit intégrer la gestion des aménités résidentielles, culturelles, l'entretien d'un cadre de vie...tout en maintenant et en développant une offre productive innovante».

Les revenus « basiques » de l'agglomération grenobloise et de l'aire urbaine sont alors étudiés. L'auteure établit sans grande surprise que l'aire urbaine grenobloise est plus productive que les autres territoires comparables et qu'elle possède une « base publique » également plus importante. Puis l'auteure propose de calculer « la propension à consommer localement des bases économiques» (pour simplifier le fait de dépenser localement les revenus), faisant ressortir que les habitants du territoire grenoblois aurait « une propension plutôt faible à faire consommer sur place et à maximiser la circulation des richesses au sein de l'aire urbaine » par rapport à d'autres territoires qui ont de meilleurs résultats.

Il ressort un paradoxe grenoblois : « pourquoi une agglomération comme Grenoble, à ce point spécialisée dans l'économie de la connaissance, n'affiche pas un dynamisme démographique, économique et social hors pair ? »

Magali Talandier formule alors l'hypothèse que « le système productif » local possède plusieurs fragilités : « une économie de la connaissance qui s'essouffle, un secteur industriel encore présent mais en fort déclin, et un poids du secteur publique qui questionne l'avenir » (résultats établis à partir d'une série d'indicateurs concernant l'évolution des emplois par secteur d'activités entre 1982 et 2009).

En étudiant les variations de l'emploi entre 2007 et 2011, elle montre que le territoire a fortement été impacté par la crise économique de 2007. L'aire urbaine enregistre une perte de 5784 emplois salariés du secteur privé principalement dans le secteur du travail intérimaire, du commerce de gros, des secteurs industriels (chimique, papier, fabrication de produits métalliques, de machines et équipements...), des activités privées de santé et les emplois d'information.

L'explication de cette faible résistance à la crise économique proviendrait du passé industriel du territoire et de sa difficile reconversion. Si les emplois continuent à augmenter dans les villes de Grenoble et de Crolles, les plus fortes diminutions d'emplois sont constatées à Meylan, Echirolles, Voreppe, Le Pont-de-Claix, Moirans, Saint-Hilaire, Saint-Egrève, Fontaine, Jarrie et Voiron.

C'est la particularité de l'aire urbaine de Grenoble : un modèle technopolitain qui peine à devenir urbain ou métropolitain ». Magali Talandier montre que si l'économie de la connaissance est un moteur essentiel des économies locales et nationales, elle ne suffit pas à en assurer un développement généralisé, une vitalité socio-économique intégrée. Elle propose alors de repenser le développement économique de l'aire urbaine de Grenoble, en utilisant la notion de « système productivo-résidentiel »(SPR). Cette notion « repose sur l'observation d'une interdépendance entre des territoires qui créent des richesses et sont à l'origine des émissions de flux résidentiels et des territoires qui captent ces richesses et sont donc récepteurs de ces flux ».

Dans le cas de l'aire urbaine de Grenoble, l'auteure étudie trois séries : le transfert de richesse par les flux des navetteurs travaillant dans l'unité urbaine de Grenoble et résidant à l'extérieur, le poids des transferts de richesses des retraités ayant quitté l'aire urbaine de Grenoble depuis moins de 5 ans et la localisation des résidences secondaires possédées par les habitants de l'aire urbaine de Grenoble.

Selon les estimations, le cœur productif de la région grenobloise génère près de 1,8 milliards de revenus "résidentiels", qui sont transférés vers d'autres territoires, représentant environ 28% du revenu des ménages de l'agglomération. La comparaison de ces données avec les autres métropoles françaises permet d'établir que Grenoble est au cœur d'un SPR relativement compact. La circulation de richesse se fait dans un environnement relativement proche, ce qui est plutôt propice au développement territorial. La fragilité du système productif local ne vient donc pas uniquement d'un manque de du niveau de redistribution des richesses entre les territoires. Dès lors, Magali Talandier semble privilégier l'explication du déclin de l'industrie pour expliquer les difficultés du territoire. Le poids de l'économie de la connaissance (établit autour de 21,2% de la base économique de l'aire urbaine) et la bonne redistribution de richesse entre les territoires ne sont pas des dynamiques suffisantes pour résoudre ces difficultés : « c'est l'idée d'un développement « technopolitain » « hors sol» tout entier tourné vers la mondialisation et tournant le dos aux territoires périphériques qui doit être remis en question.

L'inscription des villes dans des tissus régionaux et la qualité résidentielle conditionnement largement leurs succès ou leurs difficultés. A partir de ces résultats, il semble propice de développer la base résidentielle qui pourrait encore se développer dans les années à venir.

(Résumé réalisé du rapport POPSU2 http://www.popsu.archi.fr/popsu2/grenoble/presentation-0)