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RETOUR SUR L'ARPENTAGE DU DROIT A LA VILLE

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MARDI 14 MARS 14H avec Grégory Busquet. RDV au Patio, 97 Galerie de l'Arlequin

Introduction

Cet atelier d'arpentage s'est déroulé à la mezzanine du Patio de la Villeneuve de Grenoble qui est actuellement utilisé par les autorités locales comme « maison du projet » pour la rénovation urbaine. Quelques panneaux d'explication du projet urbain était disposé sur les murs.

L'atelier a commencé par une présentation des objectifs de l'arpentage : désacraliser le livre, expérimenter un travail coopératif & créer une culture commune. Il a été rappelé qu'un savoir n'est pas neutre, que tout point de vue est situé en écho aux objectifs de la troisième rencontres de Géopolitique critique qui s'est déroulée en février 2018.

Présentation du livre « le Droit à la Ville »

Grégory Busquet a rapidement présenté le contexte de l'ouvrage d'Henri Lefebvre. Ce livre est au croisement des luttes et de la recherche. Henri Lefebvre (1901-1991) est un philosophe influencé par Marx, Hegel et Nietzsche. Dans les années 20, il était proche des surréalistes. Il a été chauffeur de taxi, enseignait la philo au lycée et était membre du Parti Communiste. Il a été l'un des vulgarisateurs de l'oeuvre de Marx en France. Ses livre furent interdits et il fut radié de l’éducation nationale sous Vichy et il est devenu résistant dans les Pyrénées, sa région natale, pendant la 2eme GM. Il est ensuite entré e au CNRS puis a passé une thèse de sociologie rurale. Il s'est fait viré du parti communiste (alors qu'il avait l'un des philosophes officiels du PC) avant de se rapprocher de la deuxième gauche autogestionnaire (PSU, GAM, CFDT), tout en demeurant marxiste. Après un passage à Strasbourg, il va enseigner à Nanterre (une annexe de la Sorbonne). A Nanterre, il y avait de nombreux bidonvilles. C'est dans ce contexte qu'il va écrire le Droit à la Ville. Il va proposer une réinterprétation du marxisme et de la lutte des classes à partir du contexte urbain. Il élabore également une critique de la vie quotidienne, de l'aliénation et des possibilités de résistance. Le Droit à la Ville paraît à la fin des trente glorieuses. Il s'agit d'une époque où la politique urbaine est volontariste marquée par la construction des grands ensemble, la reconstruction des centres anciens et la politique des villes nouvelles. C'est l'apogée de l'urbanisme moderne en France avec le gaullisme comme idéologie politique : l'Etat prend les choses en main pour « moderniser » la société. Le Droit à la Ville a eu une répercussion mondiale, en particulier dans le monde académique anglosaxon et hispanophone. En France, le Droit à la Ville a été un peu repris par le monde politique (PS, PC...) mais il est surtout devenu un slogan pour les mouvements sociaux et s'est diffusé à travers les luttes altermondialistes.
Lecture en groupe

Nous avons ensuite partagé des photocopies du livre en plusieurs parties (nous n'avions pas trouvé d'exemplaires dans les librairies de Grenoble mais ça va changer). Nous avons formé quatre groupes pour que chacun lise une partie avant la restitution collective. Ce moment était agréable : nous étions au soleil dans le parc de la Villeneuve. La lecture était accompagné par les voix des enfants qui jouaient autour.

Restitution

Au bout de 45 minutes, on s'est retrouvé pour partager les lectures de nos parties. L'objectif de ce temps de restitution est de relever des idées forces, des questions que l'on se pose et éventuellement de faire le lien avec le contexte de Grenoble.A vrai dire, c'était un exercice assez laborieux car les groupes n'avaient pas eu assez de temps pour rentrer dans l'écriture - parfois un peu hermétique - d'Henri Lefebvre.

Voici des éléments relevés au cours de la discussion ou sur le panneau (à compléter) :

- la relation entre l'industrialisation et l'urbanisation. L'industrialisation a modifié en profondeur les villes : les villes étaient des œuvres (valeur d'usage) et elles sont devenus des produits (valeur d'échange). Grenoble est cité dans « Le Droit à la Ville » comme une ville qui a été récemment marqué par le processus d'industrialisation. Un débat s'est ouvert sur l'industrialisation de Grenoble qui a été étudié par Jean-François Parent mais qui mériterait d'être revisité. Il a également été évoqué l'impact des processus économiques actuels sur Grenoble

- la question de la ségrégation. La ségrégation impacte la forme urbaine, la ville se désintègre entre centre et périphérie. Les villes ne sont plus des lieux du rassemblement et de la simultanéité. Dès lors, les questions d'intégration et d'autogestion deviennent centrales pour affirmer le droit à la vie urbaine. Un débat s'est alors ouvert sur la différence entre l'autogestion et les formes de démocratie participatives. Déjà en 1967, Henri Lefebvre affirme que la participation sert à l'acceptation des populations !

-les enjeux de pouvoir et de classes dans la ville. Ceux qui planifient la ville ne l'habitent pas, tandis que que ceux qui produisent la richesse du centre n'en bénéficient pas ! La croissance industrielle devrait servir le développement urbain.

-l'accès au temps, aux mobilités et à l'argent.

Malheureusement, nous n'avons pas eu assez de temps pour rentrer dans le programme politique du « Droit à la Ville » en tant que tel. Plusieurs questions se sont posées à la fin ; l'accès au temps, aux mobilités et à l'argent. Il a également été évoqué l'impact des processus économiques actuels sur Grenoble. Comment construire une société post-capitaliste ? Quel rôle pour les communs ? Comment redevenir citoyen ?

Conclusion

Un rapide tour de table a permis de faire des retours sur cet atelier :

« lire à plusieurs permet de s'accrocher sinon j'aurais lu trois lignes et j'aurais arrêté » - « c'était trop court et le livre est trop compliqué » - « on aurait eu besoin d'une journée » - « c'était exceptionnel, c'est une ouverture vers quelque chose d'autre » - « difficulté de parler du Droit à la Ville lorsque l'on a lu que trois pages » - « frustrer de n'avoir lu que des petits bouts » - « cela m'a permis de me cogner au texte » - «important de lire Lefebvre aujourd'hui mais également de lire ceux qui ont écris après lui sur le néolibéralisme (Harvey, Purcell...) - «Et alors, qu'est ce qu'on fait du Droit à la Ville aujourd'hui? »

Contribution : David Gabriel
Publié sur le site internet de l'association Planning
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