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Redécouverte des œuvres du symposium 1967 et lectures critiques sur les Jeux Olympiques

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Cette balade s'est déroulée le jeudi 15 mars 2018 à l'occasion de la semaine d'action pour le Droit à la Ville

Introduction

Ce jour là, il pleuvait des cordes à Grenoble. Un rendez-vous avait été fixé en fin de matinée pour une balade dans le cadre du programme de la semaine d'action du Droit à la Ville. L'objectif était de (re)découvrir les œuvres du symposium à travers une déambulation ponctuée de lectures critiques sur les Jeux Olympiques. On s'est retrouvé à trois sous la passerelle en attendant une accalmie. Patricia nous a montré une sculpture plantée là, juste à côté de l'entrée de la Maison des Habitants Prémol. Une grande pierre taillée recouverte de mousse. Nous avons questionné les professionnels de la maison des habitants sur l'origine de cette œuvre, sans succès. Presque tout le monde a oublié jusqu'à sa présence. Qu'en est-t-il des autres œuvres du quartier ?

Redécouverte des œuvres du symposium

Les oeuvres du Village Olympique ont été réalisées au cours de l'été 1967 en vue du premier symposium français de sculpture organisé par le journaliste et critique d'art Georges Boudaille. C'est l'époque de la construction du Village Olympique par l'architecte Maurice Novarina en un temps record : 24 mois ! C'est le moment fondateur de l'urbanisation de la vaste plaine sud de Grenoble.

Malgré la pluie, nous avons commencé la balade en découvrant une œuvre situé dans la maison de l'enfance Prémol. Comme nous n'avons pas plus d'information sur cette œuvre, nous l'avons appelé « escargot » en imaginant son importance pour les jeux des enfants. Puis, nous avons discuté de la tour Prémol qui date du XIIIème siècle. On s'est rappelé qu'elle avait été d'abord designé comme un pigeonnier. D'ailleurs, nous avons aperçu quelques oiseaux qui ont trouvé refuge dans les traces de l'échafaudage du chantier médiéval.

Nous nous sommes intéressés aux oeuvres du sculpteur hongrois Ervin Patkai dont les sculptures sont situées devant la tour Prémol et à proximité du stade. Ces œuvres en béton, réalisées par une technique de moulage en polystyrène, ont été conçues pour être intégré dans la ville en lien avec les aménagements urbains. D'ailleurs, les enfants et les adultes aiment grimper dans cette sculpture. L'un d'entre nous n'a pas résisté à se hisser tout en haut (voir photo) !

Nous avons ensuite longé le stade jusqu'aux murs sculptés du japonais Yasuo Mizui. Cette œuvre majeure du Village Olympique s'appelle « Microcosme et macrocosme ». Selon les documents récoltés par Patricia, ces murs expriment les notions de maximum et de minimum du monde. « Le maximum » symbolise la vie de la nature au-delà de l'individu, tels que la Fôret, la Montagne, la Mer, la Rivière, tandis que « le minimum » symbolise le conflit intérieur propre à l'être humain ». En redécouvrant ces œuvres, nous nous sommes interrogés sur l’absence actuelle de mise en valeur. La rambarde droite de l'escalier ou les petits arbustes situés devant ne sont certainement pas nécessaire. Par ailleurs, les logements situés au rez-de-chaussés ont l'air vide. N'il y aurait-t-il pas la possibilité d'y installer des ateliers d'artistes ? On s'est dit que des petites actions pouvaient être réalisés pour mettre en valeur cette œuvre monumentale.

Nous avons ensuite traversé la rue Christophe Turc jusqu'au résidence du Crous du Village Olympique. Plusieurs bâtiments sont aujourd'hui fermé dont le restaurant universitaire alors qu'il aurait été possible de réoccuper ces friches. Pendant plusieurs années, des migrants vivaient dans l'un des immeubles mais ils ont subi un incendie qui a eu lieu quelques jours après la semaine pour le Droit à la Ville 2017. Nous avons remarqué une œuvre d'art de l'artiste xxx.

On s'est ensuite dirigée vers la célèbre sculpture de Pierre Szekely intitulé « Univers de Jeux. Elle décrite par les documents de Patricia comme « une scupture-jeux, volumes aux formes creuses, « troglodytes » obscures et mystérieures, dans lesquels succèdent intinéraires suprenants, couloirs, chicanes, jeux d'escalade et chicane ». Malheureusement, malgré sa restauration en 2008, l'intérieur de la sculpture était jonché de déchets et de flaques d'eau stagnantes. En l'état elle est impraticable pour les enfants et en voie de dégradation accélérée. Nous nous sommes dit qu'il faudrait certainement un collectif d'habitant ou une institution située à proximité qui veille régulièrement sur cette œuvre pour éviter sa dégradation ; l'école du Verderet ou Actis ?

Au retour, nous avons longé le collège du Village Olympique jusqu'à notre point de départ. Nous avons aperçu de nouvelles sculptures à proximité de la MJC. Puis, on a proposé de se réchauffer autour d'un café.

Discussion et lectures critiques

Autour d'un café, nous avons discuté de la convention-cadre du Conseil de l'Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société dite « convention de Faro ». Cette convention vise à repositionner l'expertise sur le patrimoine en prenant en compte le regard des populations d'un quartier. L'esprit de cette convention correspond bien à notre initiative. Malgré le tapage autour des 50 ans des Jeux Olympiques de Grenoble, la mémoire des œuvres d'art du Village Olympique paraît oubliée.

Une discussion s'est alors ouverte sur le rôle de l'office du Tourisme. Il y a vingt ans, l'Office du Tourisme était une source d'information inépuisable sur le patrimoine de Grenoble. Aujourd'hui, il semble que ce soit moins vrai.Nous avons évoqué la proposition formulé par l'Atelier Populaire d'Urbanisme de créer un Office de Tourisme Alternatif à la Villeneuve pour mettre en valeur le patrimoine des quartiers sud. Pourquoi, ne pas reprendre cette idée en s'appuyant sur la convention Faro et l'expérience de l'Hôtel du Nord à Marseille pour faire émerger de nouvelles politiques d'hospitalité ?

Est ce que le label « ville d'art » peut être mobilisateur ? Aujourd'hui, c'est le Street Art qui contribue à la présence de l'art dans l'espace public. Nous avons évoqué l'histoire du graffiti de la Villeneuve (voir le prochain article du Crieur).

Nous nous sommes interrogés sur la présence des élites locales au grand sommet de l’immobilier, le MIPIM qui rassemble les spéculateurs immobiliers du monde entier. Au delà du fait que ce sommet coïncide avec la semaine du Droit à la Ville à Grenoble, quels sont les raisons qui ont poussé les élites locales à y participer ? Quels sont les projets immobiliers qui ont été discuté ?

Nous avons ensuite évoqué le lien entre les Jeux Olympiques et le Droit à la Ville. Nous avons d'abord été étonné par l'ampleur du cinquantenaire des Jeux Olympiques de Grenoble. Est ce que cet événement commémoratif visait à « préparer » la population à accepter les Jeux de Paris ? Faut-il se préparer à une nouvelle candidature pour les Jeux Olympiques d'hiver ? Dans tous les cas, nous avons exprimé notre vigilance. Nous avons ensuite mentionné des articles importants sur l'impact des Jeux Olympiques sur le Droit à la Ville :

-un document de John R. Gold et Margaret M. Gold intitulé « Olympic Cities : Regeneration, City Rebranding and changing urban Agendas » publié dans la revue « Geography Compass 2/1 (2008). Cet article propose une revue des politiques urbaines mise en œuvre dans les villes olympiques en posant la question des coûts financiers et les coûts humains de ces « mégaprojets ».
-un bilan des Jeux Olympiques de Pékin qui a été responsable du déplacement d'1,5 millinos de personnes en détruisant une partie des vieux quartiers de Pékin. Selon cet article « les démolitions et les expulsions ont été pratiqués sans la consultation des riverains à la dernière minute, sans recours légal possible et sans compensation adéquate pour obtenir un logement équivalent ».

-un document de Theodoros Karyotis qui évoque l'impact des Jeux Olympiques à Athènes qui a fait grimpé la dette et a aboutit à de grandes infrastructures laissées en friche (voir également les photos).

-un document de Claudio Zanotelli sur l’éviction des quartiers populaires lors des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro : « les habitants se sont mobilisés pour défendre leur droit, mais la démolition de la grande majorité des maisons a eu lieu à l'approche des Jeux. Il ne restait plus que trois habitations parmi les décombres au début de l'année 2016

-un article de Feargus O'Sullivan sur les promesses non tenues des Jeux Olympiques de Londres où les infrastructures n'ont pas vraiment bénéficié aux populations locales « the report doesn't present post-games East London as some bleak whistling wasteland. Looking a the UK goverment's 2010 plan for the Olympic and Paralympic legacy, it nonetheless finds that the predicted improvements to local living conditions have overwhelmingly not materialized ».

PS : Quelques heures après cette balade au Village Olympique, nous avons appris l'assassinat de Marielle Franco militante des quartiers populaires de Rio de Janeiro. De grosses pensées pour nos amies brésiliens. Vous n'êtes pas seuls. Abrazo. Luto por Marielle.