Agenda municipal pour le Droit à la Ville

 

La société civile de Marseille, Lyon et Grenoble font entendre le droit à la ville dans les élections municipales.

Le niveau local s’affirme de plus en plus comme un espace phare de la participation politique et de la construction collective de la vie démocratique. Cette approche repose sur l’idée que la proximité permet d’agir concrètement sur les enjeux locaux. ‘L’échelle locale se prête à des approches politiques plus ouvertes et participatives, par opposition à l’opacité, à la bureaucratisation et à l’éloignement de l’administration nationale et régionale.

Cette vision des villes comme espaces privilégiés de construction politique n’est pas nouvelle, mais elle s’est renforcée ces dernières années. En France, malgré l’augmentation constante de l’abstention lors des dernières élections, les élections municipales ont le taux de participation le plus élevé après les élections présidentielles. Cette année, l’engagement des citoyens a pris une nouvelle dimension, avec la participation de 244 listes participatives, composées pour la plupart de citoyens en dehors du processus politique institutionnel et suivant des méthodes qui cherchent à repenser la manière dont la politique institutionnelle est construite (programme construit collectivement, pas de candidats prédéfinis, etc.)

Ce nouveau municipalisme, inspirées par l’expérience d’autres villes (notamment en Espagne), s’inscrit dans un cadre de forte mobilisation sociale en France qui met en avant le rôle de la citoyenneté dans la proposition et la construction d’alternatives. C’est dans cette optique que s’inscrit « L’Agenda pour le Droit à la Ville« . Cette initiative de la Plateforme Globale pour le Droit à la Ville et de l’Observatoire des DESC, lancée en 2019 à l’occasion des élections municipales espagnoles, s’expérimente aujourd’hui en France. L’agenda pour le Droit à la Ville vise à assurer l’impact politique des revendications des mouvements sociaux pendant la campagne électorale.

Après avoir rassemblé plus de 600 mesures pour Barcelone et d’autres villes de Catalogne, le projet vient d’être lancé en France à l’initiative de l’association Planning et de l’Atelier Populaire d’Urbanisme de Grenoble, d’un Centre Ville pour Tous de Marseille et de militante-s lyonnais-e-s. Ensemble, ils désirent donner plus de voix aux contre-pouvoirs, faciliter les débats et recueillir des propositions des collectifs de terrain dans leurs villes respectives. Les revendications sont organisées  suivant les huit composantes du Droit à la Ville, regroupant différents thèmes allant du droit au logement et à la participation politique de tout-es-s, à la mobilité urbaine et à la justice climatique.

À Marseille

Le tissu associatif et les collectifs sont nombreux et très actifs sur Marseille, depuis très longtemps. Leurs actions touchent tous les secteurs impactant les droits sociaux et fondamentaux. Le 5 novembre 2018 a été un tournant essentiel de convergence de ces collectifs autour des questions liées au droit à la ville. Cette date tragique marque l’effondrement de 2 immeubles contigus de la rue d’Aubagne (quartier très populaire du centre ville) causant la mort de 8 personnes. Ce drame a été la goutte de trop dans un ensemble de lourds dysfonctionnements liés au manque d’accès au logement, à la manque d’entretien des équipements publics (y compris les écoles), à la non prise en compte de l’expertise des habitants dans les projets d’aménagements urbains. Plus généralement un manque d’effectivité d’un droit à la ville équitable pour l’ensemble des habitants quelque soit son milieu social, son statut administratif, son lieu de résidence à Marseille.

De ces constats sont nées des revendications présentées par de nombreux collectifs. Si nous ne sommes pas en mesure de les reproduire toutes dans leur intégralité, nous nous sommes efforcés à rendre visible les propositions essentielles pour le droit à la ville.

À Grenoble

À Grenoble, le Droit à la Ville est enracinée dans une histoire longue et singulière qui remonte aux groupes d’action municipale (GAM) au pouvoir à Grenoble de 1965 à 1983. Face aux politiques néolibérales et mafieuses des années 1980 et du début des années 90, les citoyens ont mené de fortes mobilisations pour les services publics et en particulier la remunicipalisation de l’eau. Après plusieurs années de gestion socialiste qui n’avait pas rompu avec le clientélisme, un nouveau rassemblement citoyen, de gauche et écologistes est arrivé au pouvoir à Grenoble en 2014. Cette histoire singulière a façonné le paysage politique de la ville avec un tissu très dense de mouvements sociaux et de nombreuses associations.

Malgré un contexte politique favorable, la métropolisation de Grenoble et l’attractivité économique du territoire continuent d’engendrer la financiarisation de la ville et une spéculation foncière et immobilière. Les habitants doivent également faire face aux politiques néolibérales du gouvernement. Alors, les mouvements sociaux continuent à mener de nombreuses luttes urbaines et citoyennes : campagnes de l’Alliance Citoyenne, luttes contre les démolitions de logements sociaux, action en faveur du Droit au Logement, luttes pour les services publics… Des voix se font également entendre pour que les politiques en faveur de la transition écologique soient accompagnées d’engagements en faveur du Droit à la ville.

Les élections municipales de 2020 ont suscité un foisonnement d’initiatives pour faire entendre la voix des collectifs et des mouvements sociaux. Grâce au site de la Plateforme Globale pour le Droit à la Ville, nous relayons l’ensemble de ces propositions qui montrent la diversité des approches pour construire une ville plus juste et durable.

À Lyon

Le Droit à la Ville dans la métropole lyonnaise a une histoire aussi longue qu’étouffée par le modèle hégémonique de production de la ville imposé par le baron local, Gérard Collomb, depuis près de vingt ans. Politique de “ruissellement territorial” à la faveur du centre-ville, financiarisation du foncier, grands projets inutiles et imposés, centralisme extrême des décisions et répression des voix dissidentes : ce sont les lignes de front d’une guerre de long terme menée contre les citoyen.ne.s des quartiers populaires, militant.e.s associatif.ve.s, perdant.e.s de la gentrification et plus généralement les acteur.ice.s d’une ville plus solidaire, résiliente et démocratique.

Alors, les mouvements sociaux luttent et agissent à tout crin pour défendre les droits et les espaces qu’ils chérissent, mais depuis longtemps l’espoir d’un radical changement politique et institutionnel s’est épuisé. Dans cette métropole aux pleins-pouvoirs, l’ouverture démocratique doit venir du terrain et des contre-pouvoirs organisés dans la société civile. L’Agenda pour le Droit à la Ville représente à Lyon un outil prometteur de mise en lien des collectifs, de documentation des savoirs habitants et de plaidoyer mutualisé envers les responsables politiques locaux, dans les mairies et à la Métropole de Lyon (en 2020, elle est la seule intercommunalité faisant l’objet d’une élection à suffrage universel direct organisée en même temps que les élections municipales).

Evaluation des programmes électoraux

Finalement, sur le nombre total de propositions reçues, une dizaine de propositions clés seront recueillies et utilisées pour effectuer un exercice d’évaluation des programmes des candidats, en analysant si les mesures sont prises en compte ou non par les programmes. Cet exercice, réalisé en Catalogne, sera prochainement disponible pour les trois villes françaises.

En articulant les expériences des villes françaises avec celles d’autres communautés à travers le monde, l’Agenda du Droit à la Ville vise à aller au-delà des processus électoraux. En reproduisant cette initiative, les organisations impliquées aident à construire un répertoire commun de stratégies et d’idées pour réinventer nos villes, basé sur l’approche du Droit à la Ville: une coopération globale pour changer l’échelle locale.

Ce qui se fait pour les habitants, sans les habitants, se fait le plus souvent contre eux